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  • Du radium au Super-LumiNova : l'histoire des matières qui font briller les montres dans le noir
  • Du radium au Super-LumiNova : l'histoire des matières qui font briller les montres dans le noir

    Historique
    8 novembre 2025 par
    THOMAS LARDIERE
    | Aucun commentaire pour l'instant

    Mort mais toujours radioactif : la physique cachée des cadrans lumineux, du radium au Super-LumiNova

    Un cadran de 1940 qui ne brille plus mais irradie encore, un tube de gaz qui s'éteint par demi-vies, un cristal qui piège des électrons pendant des heures et un œil qui change de mode dans le noir : voici comment fonctionnent, se mesurent et se comparent les matières luminescentes en horlogerie.

    Éteignez la lumière et regardez votre montre. Selon l'âge et le modèle, la lueur vient de désintégrations atomiques, d'un gaz enfermé dans un tube de verre, d'un pigment minéral qui restitue une lumière stockée, ou d'une pile qui alimente une diode. Ces quatre sources obéissent à des physiques différentes, avec des durées de vie, des intensités et des risques qui n'ont presque rien en commun.

    Cet article les démonte une à une, en chiffrant ce qui peut l'être. Il commence par un détour indispensable : comment mesure-t-on une lueur, et comment l'œil la perçoit-il ?

    1. Mesurer une lueur

    Les grandeurs

    GrandeurUnitéCe qu'elle décrit
    Luminancecd/m² (ou mcd/m²)l'éclat d'une surface, vu sous un angle donné
    Éclairementluxla lumière reçue par une surface (utile pour la charge)
    Flux lumineuxlumenla lumière totale émise

    Un cadran se juge à sa luminance, mais l'œil réagit aussi à la surface émettrice : à luminance égale, un grand index paraît plus lumineux qu'un petit. Les ordres de grandeur utiles :

    SituationLuminance approximative
    Écran de smartphonede 100 à 500 cd/m²
    Pigment photoluminescent 1 min après chargede l'ordre de 0,1 à 0,2 cd/m² (100 à 200 mcd/m²)
    Même pigment après 10 minutesde l'ordre de 0,03 cd/m²
    Même pigment après 8 heuresde l'ordre de 0,0004 cd/m²
    Seuil de référence des normes de photoluminescence0,3 mcd/m²

    Ces valeurs sont des ordres de grandeur, qui dépendent du grade, de l'épaisseur et de la charge.

    Trois régimes de vision

    L'œil ne se comporte pas de la même manière selon la luminance ambiante (classification CIE, valeurs approximatives) :

    RégimeLuminanceRécepteursSensibilité maximale
    Photopiquesupérieure à environ 5 cd/m²cônes555 nm (jaune-vert)
    Mésopiqued'environ 0,005 à 5 cd/m²cônes et bâtonnetstransition
    Scotopiqueinférieure à environ 0,005 cd/m²bâtonnets507 nm (bleu-vert)

    Un cadran qui s'éteint traverse ces régimes : après 10 minutes (environ 35 mcd/m² dans l'exemple ci-dessus) on est en vision mésopique, après quelques heures en vision scotopique. L'œil lit donc la montre avec ses bâtonnets, qui voient mieux le bleu-vert que le vert-jaune : c'est l'effet Purkinje.

    Pourquoi le bleu-vert paraît plus lumineux

    Les deux courbes de sensibilité (V pour la vision de jour, V' pour la vision de nuit) donnent, en valeurs CIE arrondies :

    Longueur d'ondeV (photopique)V' (scotopique)Rapport V'/V
    520 nm (vert)0,7100,935environ 1,3
    490 nm (bleu-vert)0,2080,904environ 4,3

    Un luminancemètre classique est calibré sur V. À luminance mesurée égale, une émission à 490 nm paraît donc environ 3 fois plus lumineuse qu'une émission à 520 nm à l'œil pleinement adapté à l'obscurité (4,3 / 1,3). L'effet est plus faible en vision mésopique, et il s'efface en pleine lumière.

    C'est ce qui explique que les grades à lueur bleu-vert « durent » plus longtemps à l'œil qu'à l'instrument.

    L'adaptation à l'obscurité

    Les cônes s'adaptent en quelques minutes, les bâtonnets en 20 à 40 minutes. Un regard sur un écran de smartphone efface cette adaptation. Une lueur de 0,3 mcd/m² paraît nette après une demi-heure dans le noir et invisible en sortant d'une pièce éclairée.

    2. Deux principes physiques, deux vies


    RadioluminescencePhotoluminescence
    Source d'énergiedésintégration radioactivelumière reçue, stockée puis restituée
    Rechargeinutilenécessaire
    Évolution de l'éclatdécroît avec la demi-vie de l'isotopedécroît en quelques minutes à heures après chaque charge
    Exemplesradium, prométhium, tritiumZnS:Cu, aluminates de strontium
    Risqueradioactivitéaucun (pigments modernes)

    Cette distinction explique tout le reste. Dans le premier cas, la lueur est permanente mais faible, et s'éteint avec l'isotope. Dans le second, elle est forte puis décroissante, mais renouvelable à l'infini.

    3. Le radium : lumineux, dangereux, et « mort » sans être éteint

    La physique d'un cadran au radium

    Le radium-226 (demi-période de 1 600 ans) émet des particules α d'environ 4,8 MeV. Mélangé à du sulfure de zinc dopé au cuivre (ZnS:Cu), il fonctionne comme un scintillateur : chaque particule α qui frappe un grain de sulfure y dépose son énergie, qui ressort en lumière verte vers 530 nm, à raison, en ordre de grandeur, de l'ordre de 10⁵ photons par particule α.

    Le radium n'est pas seul : sa chaîne de désintégration produit du radon-222 (gaz, demi-période de 3,8 jours), puis des descendants (bismuth-214, plomb-214), dont plusieurs émettent des rayons γ, et du plomb-210 (demi-période de 22 ans) qui prolonge l'activité.

    Pourquoi un cadran de 1940 ne brille plus

    Après un siècle, l'activité du radium reste quasiment intacte :

    A / A₀ = 2^(−t / 1600)      →    100 ans : 2^(−0,0625) ≈ 0,958

    Soit 96 % de la radioactivité d'origine. Pourtant, ces cadrans sont généralement éteints, ou presque. La raison tient au phosphore : les particules α détruisent progressivement la structure cristalline du sulfure de zinc qu'elles frappent. Le luminophore s'use avant que la source ne s'épuise. Un cadran qui ne brille plus n'est donc pas un cadran inoffensif.

    Le coût humain

    Dans les années 1910 et 1920, des ouvrières américaines (les « Radium Girls ») peignent des cadrans en affinant leur pinceau entre les lèvres, ce qui leur fait ingérer du radium. Les atteintes osseuses et les cancers qui suivent donnent lieu à des procès, dans la seconde moitié des années 1920, qui contribuent à faire évoluer le droit de la santé au travail. En horlogerie, la marque Radiomir de Panerai (1916) en garde le souvenir dans son nom.

    Précautions

    • N'ouvrez pas un boîtier de montre ancienne susceptible de contenir du radium et ne grattez pas le cadran : le risque vient des poussières inhalées ou ingérées.
    • Un compteur Geiger détecte facilement le radium, ce qui permet de lever un doute.
    • En cas de doute, adressez-vous à un horloger ou à un laboratoire équipé. La mise au rebut obéit à une réglementation spécifique.

    4. Prométhium et tritium : l'ère de transition

    Prométhium-147

    Émetteur β de demi-période 2,6 ans, il a brièvement équipé des cadrans dans les années 1960 et 1970. Sa décroissance rapide en a fait une impasse :

    Après 10 ans : 2^(−10 / 2,62) ≈ 0,07   →   7 % de l'activité initiale

    Tritium (³H)

    Isotope radioactif de l'hydrogène, le tritium a une demi-période de 12,3 ans et émet des électrons de faible énergie (maximum 18,6 keV, moyenne de l'ordre de 5,7 keV). Ces électrons sont arrêtés par une feuille de papier, par le verre d'un tube ou par la couche externe de la peau, ce qui en fait la source radioluminescente la moins dangereuse en usage normal.

    À titre d'ordre de grandeur, chaque désintégration excite le phosphore et produit quelques centaines de photons.

    Deux formes d'emploi

    FormeDescriptionParticularité
    PeintureTritium mélangé à un liant sur le cadran et les aiguilles (années 1960 à 1990)Lueur qui s'éteint avec l'âge ; phosphore vieilli
    Tubes scellés (GTLS)Gaz tritium dans de petits tubes de verre dont la paroi interne est revêtue de phosphoreLueur permanente, couleurs selon le phosphore

    Décroissance

    A / A₀ = 2^(−t / 12,32)
    ÂgeActivité restante
    12,3 ans50 %
    25 ansenviron 24 %
    36 ansenviron 13 %
    50 ansenviron 6 %

    Le phosphore vieillit en parallèle, de sorte que la lueur s'éteint plus vite que l'activité : les cadrans peints au tritium des années 1980 sont aujourd'hui, pour la plupart, sombres.

    Lire les inscriptions

    • « T SWISS T » ou « T SWISS MADE T » : tritium.
    • « T < 25 » : moins de 25 mCi (925 MBq) de tritium. Comme 1 curie de tritium représente environ 0,1 mg, cela correspond à quelques microgrammes seulement.

    Détection

    Un compteur Geiger ordinaire ne détecte généralement pas le tritium : ses électrons sont trop faibles pour traverser la fenêtre du détecteur. Il faut un scintillateur liquide ou un instrument adapté. Ne concluez donc jamais à l'absence de tritium sur un simple test au Geiger.

    Les tubes aujourd'hui

    Le tritium en tubes scellés reste utilisé là où l'on veut une lueur permanente et indépendante de la recharge : montres tactiques de Traser et Luminox (tubes de l'entreprise suisse mb-microtec, marque trigalight), ou Ball Watch avec ses « micro gas lights ». Leur éclat est faible, mais constant ; il baisse lentement avec la demi-période, ce qui limite leur durée d'usage utile à une ou deux décennies.

    5. Photoluminescence : le cristal qui piège la lumière

    Le matériau

    Dans les années 1990, l'industrie adopte des pigments non radioactifs dérivés des aluminates de strontium dopés :

    SrAl₂O₄ : Eu²⁺ , Dy³⁺      (émission verte, vers 520 nm)
    Sr₄Al₁₄O₂₅ : Eu²⁺ , Dy³⁺   (émission bleu-vert, vers 490 nm)

    Le LumiNova est développé par la société japonaise Nemoto en 1993 ; sous le nom de Super-LumiNova, il est diffusé en horlogerie par RC Tritec. Les autres marques ont leurs variantes : LumiBrite (Seiko), Chromalight (Rolex, à lueur bleue) et d'autres.

    Le rôle des dopants

    • L'europium divalent (Eu²⁺) est le centre émetteur : sa transition 5d → 4f donne une émission large, intense et rapide.
    • Le dysprosium (Dy³⁺) introduit des niveaux pièges qui retiennent des charges.

    La synthèse se fait à haute température (de l'ordre de 1 300 à 1 500 °C) sous atmosphère réductrice, pour obtenir l'europium sous sa forme divalente.

    Le cycle de la lueur

    1. Excitation : un photon de longueur d'onde inférieure à environ 450 nm (UV, violet, bleu) excite l'europium.
    2. Piégeage : une charge est capturée par un piège du réseau cristallin.
    3. Libération thermique : l'agitation thermique, à température ambiante, la libère peu à peu.
    4. Recombinaison : elle revient sur un centre Eu, qui émet un photon visible.

    Le détail du mécanisme (électrons ou trous piégés, nature exacte des pièges) fait encore l'objet de débats. Le point essentiel est que l'émission elle-même est rapide, mais que le temps de séjour dans les pièges est long.

    La loi d'Arrhenius

    Le temps de séjour d'une charge dans un piège de profondeur E à la température T vaut :

    τ = (1/s) · exp( E / kT )        k = 8,617 × 10⁻⁵ eV/K

    Avec un facteur de fréquence s = 10¹⁰ s⁻¹ (valeur illustrative) et T = 300 K :

    Profondeur ETemps de séjour τ
    0,6 eVenviron 1 s
    0,7 eVenviron 1 min
    0,8 eVenviron 45 min
    0,9 eVenviron 1,5 jour

    Une différence de 0,3 eV fait passer de la seconde au jour. Le cristal contient une distribution de profondeurs, d'où la forme de la décroissance.

    Effet de la température

    Pour E = 0,8 eV, passer de 300 K à 310 K divise τ par exp(1,0), soit environ 2,7 :

    • un cadran chaud brille plus fort sur le moment, mais s'éteint plus vite ;
    • un cadran froid brille moins fort, mais plus longtemps.

    La décroissance : une loi de puissance

    La somme de toutes ces constantes de temps donne une décroissance bien plus lente qu'une exponentielle :

    L(t) = L₀ / (1 + t / t₀)ⁿ        avec n de l'ordre de 1 à 1,5

    Exemple illustratif (L₀ = 300 mcd/m², t₀ = 2 min, n = 1,2) :

    Temps après la chargeLuminance
    1 minenviron 184 mcd/m²
    5 minenviron 67 mcd/m²
    10 minenviron 35 mcd/m²
    1 henviron 4,9 mcd/m²
    2 henviron 2,2 mcd/m²
    8 henviron 0,4 mcd/m²

    Près de 90 % de l'éclat disparaît dans les dix premières minutes, puis la lueur s'étire très longtemps. Le temps pour atteindre le seuil de 0,3 mcd/m² se calcule en résolvant (1 + t/2)^1,2 = 1 000 :

    t ≈ 2 × (1 000^(1/1,2) − 1) ≈ 630 min ≈ 10,5 h

    Sur une montre, la couche de pâte est mince et la quantité de pigment limitée : la durée réellement lisible se compte plutôt en quelques heures, selon la sensibilité de l'œil et le contraste.

    La charge

    L'excitation est efficace en dessous de 450 nm :

    SourceEfficacité de charge
    Soleilmaximale, saturation en quelques secondes
    Ciel couverttrès bonne
    Éclairage de bureau (300 à 500 lx)correcte en quelques minutes
    LED blanche froidebonne (pic bleu vers 450 nm)
    Ampoule à incandescencemédiocre (peu de bleu)
    Lampe UV (365 à 405 nm)excellente, avec la précaution de ne jamais viser les yeux

    Le pigment sature : au-delà d'un certain temps, une exposition plus longue ne remplit plus de pièges.

    6. Grades, grains et couleurs

    Les grades courants

    GradeAspect de jourLueurRemarques
    C3blanc-vert pâlevertegrade courant, très bon éclat initial
    BGW9blancbleu-vertdurée perçue plus longue (effet Purkinje)
    Old Radiumcrème, beigeverteteinte imitant la patine des anciens cadrans au radium

    La teinte crème de l'« Old Radium » est obtenue par une pigmentation ajoutée au pigment luminescent, et réduit un peu le rendement lumineux.

    La taille des grains

    Un grain plus gros stocke plus d'énergie et émet plus fort, mais donne une surface plus rugueuse et une pâte plus épaisse. Les grains utilisés en horlogerie se comptent en dizaines de micromètres. C'est un compromis entre éclat et finesse d'application.

    La sensibilité à l'eau

    Les aluminates de strontium s'hydrolysent en présence d'eau, ce qui détruit leur luminescence. Les grains sont donc protégés par un enrobage ou noyés dans un liant étanche.

    7. Mettre la matière sur le cadran

    Pâte et liant

    Le pigment est mélangé à un liant (laque ou résine) pour former une pâte. L'éclat dépend de la quantité de pigment actif exposée à la lumière, pas seulement de l'épaisseur : au-delà d'une certaine profondeur, les couches inférieures reçoivent peu de lumière d'excitation et leur émission est en partie réabsorbée.

    Éclat ∝ 1 − exp( −e / δ )        (modèle simplifié ; δ : profondeur utile)

    Quand e dépasse quelques δ, ajouter de la matière ne change presque plus rien. On cherche donc l'épaisseur utile, puis surtout la régularité.

    Les techniques

    TechniqueUsageParticularité
    Pinceauaiguilles, indexcouches successives, savoir-faire manuel
    Remplissage d'alvéolesindex appliqués, lunettesgrand volume de pâte, éclat élevé
    Tampographiechiffres impriméscouche fine, éclat plus faible
    Sérigraphiemarquages du cadranépaisseur contrôlée

    Coordination des teintes

    La teinte de jour et la lueur de nuit doivent être identiques sur le cadran et les aiguilles. Des lots différents, des épaisseurs inégales ou un liant qui vieillit différemment produisent des aiguilles « dépareillées ».

    8. Les autres sources : électricité et gaz

    SourcePrincipeAtoutLimite
    Électroluminescence (Timex Indiglo, 1992)Un film de phosphore s'éclaire sous une tension alternative élevéeÉclairage uniforme du cadranConsomme de l'énergie, action de l'utilisateur
    LEDDiode en rétroéclairageForte intensité, à la demandeConsommation, poussoir à presser
    Écrans (LCD, OLED)Affichage actifInformation richePas de lecture « passive »
    Tubes de tritiumRadioluminescence en tube scelléLueur permanenteFaible, décroissante, réglementée

    Les approches hybrides sont courantes : pigment photoluminescent sur les aiguilles et index principaux, et tubes de tritium ou LED pour un usage tactique.

    9. Normes et mesure

    NormeObjet
    ISO 6425montres de plongée : lisibilité dans l'obscurité à 25 cm, pour un œil adapté
    ISO 3157substances radioluminescentes pour l'horlogerie
    DIN 67510pigments photoluminescents : mesure de la luminance après une excitation normalisée, notamment à 10 et 60 minutes

    Les valeurs et exigences exactes évoluent avec les révisions : vérifiez la version en vigueur avant de les citer.

    10. Vieillissement, patine et authenticité

    • Les pigments d'aluminate ne s'usent pas avec les cycles de charge. Ce qui vieillit, c'est le liant, qui jaunit et donne aux cadrans anciens leur teinte crème ou brune. Cette patine est recherchée sur les montres vintage.
    • Un cadran qui ne brille plus peut être radioactif (radium), simplement éteint (tritium épuisé) ou vieilli (liant dégradé). Seule une mesure permet de trancher.
    • Le relumage (remplacement de la matière lumineuse) est possible, mais il modifie l'aspect d'origine. Sur une pièce de collection, il peut réduire la valeur, d'autant qu'il est parfois difficile de prouver l'authenticité d'un cadran refait.
    • Un cadran « tropical » ou patiné de façon homogène est apprécié, alors qu'une teinte qui diffère d'une aiguille à l'autre peut signaler un remplacement.

    11. Comparer honnêtement deux montres

    Pour juger deux lueurs, il faut les mettre dans les mêmes conditions :

    1. Chargez-les côte à côte, à la même distance de la même source, pendant la même durée (une à cinq minutes à environ 1 000 lx).
    2. Observez-les à 1, 10 et 60 minutes, dans une pièce entièrement noire, après 20 à 30 minutes d'adaptation de l'œil.
    3. Si vous photographiez, fixez ISO, ouverture et temps de pose. Un capteur n'a pas la sensibilité d'un œil adapté à l'obscurité : il sous-estime le bleu-vert.
    4. Notez la taille et la surface des index : un grand index paraît plus lumineux qu'un petit à luminance égale.

    Un luminancemètre donne des chiffres comparables, mais, étalonné sur la vision de jour, il ne reflète pas ce que voit l'œil adapté.

    12. Comment choisir ?

    BesoinSolution à privilégier
    Usage courantPigment photoluminescent (C3 ou BGW9)
    Lecture après des heures dans le noirGrade bleu-vert, ou tubes de tritium pour une lueur permanente
    Esthétique vintagePigment « Old Radium » ou pièce ancienne authentique (avec les précautions d'usage)
    Lecture à la demandeRétroéclairage LED ou électroluminescent
    Usage tactique ou militaireTubes de tritium, éventuellement associés à un pigment
    PlongéeMontre conforme à l'ISO 6425

    13. À retenir

    • Deux principes coexistent : la radioluminescence (énergie fournie par la désintégration) et la photoluminescence (énergie reçue puis restituée).
    • Un cadran au radium éteint reste radioactif : la matière active (demi-vie de 1 600 ans) a conservé environ 96 % de son activité en un siècle, mais le phosphore a été détruit par les particules α.
    • Le tritium (demi-vie de 12,3 ans) perd près de 75 % de son activité en 25 ans ; l'inscription T < 25 désigne moins de 25 mCi, soit quelques microgrammes. Un Geiger ordinaire ne le détecte pas.
    • Les aluminates de strontium dopés Eu²⁺, Dy³⁺ émettent via l'europium et stockent les charges dans des pièges liés au dysprosium. Le temps de séjour suit τ = (1/s)·exp(E/kT), et +10 °C divisent τ par environ 2,7.
    • La décroissance suit une loi de puissance : près de 90 % de l'éclat disparaît en dix minutes, puis la lueur reste lisible pendant plusieurs heures.
    • L'œil lit la lueur en vision mésopique puis scotopique : un grade bleu-vert paraît jusqu'à environ 3 fois plus lumineux qu'un grade vert à luminance mesurée égale.
    • Le pigment ne s'use pas ; c'est le liant qui jaunit et crée la patine.
    • Pour comparer deux montres, mêmes conditions de charge, d'adaptation et de mesure.

    Le cadran lumineux résume un siècle de chimie et de prudence : on est passé d'une lueur obtenue en irradiant des ouvrières à un cristal qui stocke la lumière du jour, sans aucune radioactivité. La physique a changé, mais le geste est resté le même : chercher l'heure dans le noir.


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